Les galets polis par la mer

Sorti des Arts Appliqués avec un paquet de diplômes, il entre aux Beaux- Arts dans l'espoir de retarder le service militaire. De toute façon, il ne le fera pas. Il fera juste une dépression nerveuse dès le troisième jour et, jugé viscéralement inapte, sera réformé.

"Le colonel m'a proposé de faire des dessins dans le journal de la caserne. A sa droite, il y avait une vitrine avec des soldats de plomb. Dans un cadre, il y avait le drapeau de je ne sais quel régiment de Tlemcen. Le soir même, j'étais à l'hosto."

mortimer

Aux Beaux-Arts, il travaille le modelage et se passionne déjà pour "les formes pleines et rondes où la lumière tourne, les courbes lisses et tendues". Jadis traumatisée par les aventures du refoulé, du Mica et du Surmoi, je me demande si, par hasard, cette quête obstinée des formes voluptueuses ne prendrait pas sa source à Fécamp.

Si ses sculptures ne seraient pas les rémanentes d'un idéal entrevu jadis dans l'arrondi parfait des galets de la plage, en somme... Grand rire sauvage:

"Oui, bien sur, et puis à sept ans, j'avais un moule de Pluto, j'ai fait un tas de tirages en Plâtre, avec toujours une oreille qui cassait. Tu fais ,ca quand tu es môme, après tu fais une école d'art parce que tu dessines pas trop mal. Et puis oca devient n'importe quoi, tu ne sais plus ce que tu veux ni comment tu t'appelles et tu reviens au truc d'enfance. "

Bon, d'accord.

Sa première sculpture BD, c'est Mandrake le magicien, en 1975. Ça l'a toujours épaté, ce monsieur qui passe à travers les murs, grandit et rapetisse comme il veut. Il le moule donc en train de passer à travers un mur, mais il casse un bras-plus tard, son chien Stuc l'aidera à casser, et le Mandrake qu'on connaît aujourd'hui pose pour la postérité sans faire de bêtises spéciales.
Un jour, il trouve aux Puces un vieux buste Pierrot Gourmand et l'offre à un copain pour son anniversaire, non sans l'avoir moulé avant parce que c'est une manie. (S'il mange une bonne andouillette, il a envie de la mouler.)

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