Jusqu'au jour où les choses commencent à prendre tournure. Les années 69-70, c'est le règne du pop art, de l'image populaire américaine. Pigeon a un faible pour Roy Lichtenstein, mais il vit en France et se lève un matin avec une envie d'image populaire française: le croissant, fleuron de notre patrimoine! introuvable ailleurs, généralement proposé en trois versions-au beurre, ordinaire et rassis. Lui, il le fantasme en étain bien lourd, indigeste.

Mais il se heurte à un problème technique: le moule en plâtre est trop fragile pour permettre les tirages en série. Après quelques tâtonnements, il découvre les formidables qualités de l'élastomère, matière fluide et légèrement visqueuse devenant semi-rigide. Ça lui change la vie- celle de son entourage aussi: vous ne pouvez rien laisser traîner, il vous le moule en élastomère.

Il n'empêche que c'est grâce à lui si l'élastomère est entré aux Beaux-Arts, et c'est un peu la faute de ce produit si depuis, on trouve des copies de n'importe quoi en pagaille.

Bref, passons. Il moule donc toute une fournée de croissants qu'il distribue aux copains, et achève ses six années d'Arts Appliqués comme assistant de Gaston Watkin, Prix de Rome de sculpture.

A partir de maquettes de trente centimètres, il fait des sculptures en résine de dix mètres de haut qui entrent dans le cadre du fameux 1%. Le métier rentre, il devient pro.

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